08/04/2010

Goldfrapp | Head First

Comme à son habitude, Goldfrapp ne fait jamais deux fois le même album. Alors que les synthétiseurs et tout autre instrument y ressemblant ont été priés de prendre congé quasiment tout le long de Seventh Tree, ils sont mis à l'honneur à travers Head First, dégoulinant encore plus que dans Supernature.

01. Rocket
02. Believer
03. Alive
04. Dreaming
05. Head First
06. Hunt
07. Shiny And Warm
08. I Wanna Life
09. Voicething

Head First s'ouvre sur Rocket qui donne immédiatement le ton : l'album s'inspire des années 80 pour le bonheur (ou le malheur) de tous. Sur ce titre qui aussi le premier single, Goldfrapp n'y va pas de main morte : fusée décollant en intro, synthés vintage lourds martelés tout le long, refrain accrocheur, c'est une Alison sadique qui nous est présentée puisqu'elle prépare sa vengeance contre son ex en l'envoyant gentiment dans l'espace. Rien de subtil mais efficace. Mais cela commence à se corser avec Believer : co-produite par Pascal Gabriel, cette chanson est moins agressive que Rocket que l'on peut par ailleurs qualifier de réminescence de la synthpop des années 80. Malgré les rythmes synthétiques miroitants et la voix polie d'Alison, le morceau, bien que planant, ne décolle pas vraiment mais qui reste tout de même apte à faire dandiner les foules. Ce n'est pas la même chose avec Alive qui est l'une des pistes immédiates de l'album car elle n'a qu'un but : montrer que Goldfrapp (avec l'aide de Richard X) peut aussi manier les codes de ce qui constituait en quelque sorte la variété d'antan (ELO par exemple) et les références pour peut-être s'en moquer ne manquent pas : entre l'irruption de guitares électriques, l'intro au piano, les synthés en mode scintillement, le titre respire la bonne humeur et Alison n'y est pas étrangère : Ne veut-elle pas montrer qu'elle est la reine face aux nouvelles venues de la vague synthpop qui s'est abattue l'année dernière?


Alors que nous étions plus ou moins mis en confiance sans trop de conviction par les 3 pistes précédentes, Dreaming, le morceau suivant se détache par son aspect sombre : c'est un midtempo où la voix d'Alison, pas aussi hautaine que d'habitude et délicatement posée sur une mélodie aérienne, se déploie à coeur ouvert et s'efforce de nous transporter dans un monde étrange. L'instrumentation y est particulièrement soignée avec une intro à la Moroder et une fin quelque peu éthérée sur un tapis de synthés. Convaincante et penchant même vers le sublime. Comme Dreaming, Head First va moins dans la lourdeur instrumental puisqu'au départ, on pense à une ballade. Mais petit à petit, l'euphorie s'installe grâce une symphonie synthétique où Alison promène tranquillement sa voix. Cela fait du coup un peu oublier les moments sombres : cela fait irrémédiablement penser à ABBA dans une période allant de leur troisième album (ABBA) à leur sixième album (Voulez-vous) : d'ailleurs, "I am your visitor" n'est peut-être pas si anodin que ça. Hunt continue sur cette lancée : sombre voire inquiétant, ce titre aux synthés furtifs repose quasiment sur une boucle de 2 notes, les murmures et la respiration d'Alison ce qui plante le décor pour une véritable traque nocturne. Cela n'enlève cependant rien au côté planant de ce midtempo qui par son électro sombre n'est pas sans rappeler certains titres de Black Cherry.


On change de registre avec Shiny And Warm, plus glamour, uptempo et aux rythmes hypnotisants. Même si ce morceau sonne comme un titre n'ayant pas pu finir sur Supernature pour de multiples raisons, il arrive à devenir aussi bien addictif que lassant pour vos oreilles après quelques écoutes : cela ne vous empêchera sûrement pas de danser pour autant mais on est loin de la grâce de certains titres de Supernature. Par contre, Goldfrapp sort la grosse artillerie avec I Wanna Life qui utilise sans aucune honte les ingrédients de la pop des années 80, si bien que l'on ne peut seulement penser que le son a quelques fois mal vieilli mais on ne peut qu'apprécier cette basse synthétique. Arrive enfin, Voicething, certainement le titre le plus étrange car le duo se livre à une expérimentation : la voix d'Alison ne fait qu'un avec les instruments rappelant au passage l'intro d'"Utopia". Cela donne un morceau très aérien, sans doute l'un des plus créatifs de cet album comme pour montrer que Goldfrapp peut encore susciter l'émerveillement.

Certes, il n'y a rien de mémorable dans Head First : nous sommes loin de la grâce et l'élégance de leurs premiers albums, mais sous la superficialité de certains titres se cachent de véritables surprises. Après tout, n'est-ce pas trop demander de vouloir tout le temps pousser les limites?

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